Vladyslava Vasylieva, аnalyste junior au centre analytique « Resurgam », direction Europe. Spécialisation : France.
Babych Oleksandra, étudiante à la KNU – Université nationale Taras-Chevtchenko de Kyiv, Faculté de philosophie, en science politique
Photo: Getty Images
L’invasion russe de l’Ukraine en 2022 a entraîné le plus grand déplacement forcé de population en Europe au cours des dernières décennies. Selon les données de 2026, plus de 4 millions d’Ukrainiens bénéficient d’une protection temporaire dans les pays de l’Union européenne. Cependant, face aux débats constants concernant la fin de ce statut, la question de leur avenir à long terme et de leurs perspectives d’intégration devient de plus en plus pertinente. Par ailleurs, il est essentiel de trouver un équilibre entre la garantie de la stabilité du séjour des Ukrainiens dans les pays de l’UE et la création de conditions favorables à leur réintégration en vue d’un retour en Ukraine.
Cette recherche propose des recommandations pour le développement de la politique migratoire à l’égard des Ukrainiens résidant en Allemagne et en France. L’étude présente une analyse des mécanismes juridiques actuels ainsi que des politiques d’intégration mises en œuvre dans les deux pays. Une attention particulière est accordée aux défis liés au caractère prolongé du déplacement forcé. Le travail formule une recommandation visant à actualiser le modèle politique existant, qui prévoit la création d’un cadre juridique stable de séjour (protection temporaire ou protection d’une durée de 4 à 5 ans), le développement de mécanismes de mobilité circulaire, le soutien aux activités transfrontalières ainsi que la préservation des liens sociaux et professionnels des Ukrainiens avec l’Ukraine.
En réponse à la crise migratoire provoquée par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, l’Union européenne a activé pour la première fois le mécanisme de protection temporaire prévu par la directive 2001/55/CE. Cette décision a permis aux réfugiés ukrainiens d’obtenir un droit de séjour, un accès libre au marché du travail, à l’éducation ainsi qu’à différents services sociaux dans les pays de l’Union européenne.
En 2026, des millions de citoyens ukrainiens restent soumis à ce régime juridique dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne et en France. Toutefois, le caractère temporaire de ce statut crée une incertitude fondamentale quant à l’avenir des Ukrainiens en Europe, à la poursuite de leur séjour ainsi qu’à leur éventuel retour en Ukraine.
Dans ce contexte apparaît une question politique centrale : de quelle manière les États européens doivent-ils élaborer leur politique migratoire à l’égard des Ukrainiens face à l’instabilité du mécanisme de protection ? Doivent-ils favoriser leur intégration durable ou encourager leur retour en Ukraine ? Cette question est complexe et multidimensionnelle, car elle concerne à la fois les valeurs et les droits humains, les intérêts des pays d’accueil ainsi que les intérêts stratégiques de l’Ukraine elle-même.
D’un côté, les pays d’accueil ont mobilisé, dès le début de l’invasion à grande échelle, près de 17 milliards d’euros pour l’intégration des Ukrainiens, notamment dans les domaines de l’accès au marché du travail, de l’éducation et des infrastructures sociales. D’un autre côté, une intégration à long terme pourrait avoir des conséquences importantes pour l’Ukraine, tant sur le plan démographique qu’économique, en particulier dans le contexte de la reconstruction d’après-guerre. Dans le même temps, cette situation place les Ukrainiens face à un choix difficile entre l’adaptation à la vie dans les pays de l’UE et le retour dans un pays qui demeure soit en situation de guerre, soit engagé dans un processus de reconstruction d’après-guerre.
Ainsi, le problème comporte plusieurs composantes essentielles : l’incertitude du statut juridique ; la nature de l’intégration dans les pays d’accueil ; l’absence de politiques efficaces de retour et de réintégration.
Les principaux acteurs concernés sont le gouvernement ukrainien et les gouvernements des pays de l’Union européenne, les institutions de l’UE, les organisations internationales et non gouvernementales, ainsi que les Ukrainiens eux-mêmes, qui sont les principaux bénéficiaires et destinataires de ces décisions.
La question analytique centrale soulevée par cette problématique est de savoir s’il est possible de concilier l’intégration et le retour dans le cadre d’une politique unique qui garantirait simultanément des conditions de vie stables à l’étranger tout en préservant la motivation à retourner en Ukraine. Un défi majeur réside dans le fait que les approches actuelles de l’intégration et du retour en Ukraine sont généralement considérées comme mutuellement exclusives. Les politiques d’intégration visent principalement l’inclusion à long terme dans les systèmes et la société du pays d’accueil, tandis que les politiques de retour se concentrent sur l’encouragement de la réintégration dans le pays d’origine. Cette dichotomie apparaît limitée et réduit les possibilités de choix offertes aux individus.
Cette recherche soutient que les politiques relatives aux Ukrainiens dans les pays de l’Union européenne devraient reposer sur une approche prévoyant la création d’un statut juridique stable pour les Ukrainiens, tout en combinant des mécanismes d’intégration qui maintiennent les liens avec l’Ukraine et créent les conditions favorables à un retour volontaire. Une telle approche permet d’éviter un choix rigide entre intégration et retour et propose un modèle plus flexible.
L’objectif de ce travail est d’analyser la manière dont différents pays, notamment la France et l’Allemagne, abordent les questions liées à la stabilité du statut juridique, à l’intégration et au retour des Ukrainiens en Ukraine, ainsi que d’élaborer des recommandations pratiques pour la formulation des politiques migratoires de ces pays.
La structure de l’étude est organisée comme suit. La section Contexte de la problématique examine le cadre dans lequel la protection temporaire a été introduite ainsi que ses principales composantes. Ensuite, la section Analyse des pays présente une analyse des politiques de la France et de l’Allemagne ainsi que de leurs approches migratoires à l’égard des Ukrainiens. La section suivante est consacrée à l’analyse des différentes options politiques concernant le statut juridique des Ukrainiens et leur intégration future dans ces deux pays. La section Recommandations propose des mesures politiques concrètes ainsi que des mécanismes permettant leur application. Enfin, la dernière section, Conclusions, synthétise les principaux résultats de l’étude et leur importance.
L’activation de la directive 2001/55/CE a constitué un précédent historique : ce document n’avait jamais été appliqué auparavant, même dans le contexte de la crise migratoire de 2015-2016 ou des événements du Printemps arabe de 2010. La première raison était l’absence de volonté politique : la Commission européenne et le Conseil ont délibérément évité son activation. La deuxième raison résidait dans l’incertitude juridique interne de la directive elle-même, notamment l’absence de seuil numérique permettant de définir la notion « d’afflux massif ». Dans le cas de l’Ukraine, la décision a été adoptée à l’unanimité par les États membres, ce qui constitue une exception à la pratique générale.
Ainsi, l’activation de la directive a été rendue possible par une convergence de circonstances politiques : l’ampleur du déplacement, le processus d’intégration européenne de l’Ukraine et la solidarité des États membres face à l’agression russe. La directive a permis l’accès aux droits fondamentaux qu’elle prévoit : l’accès au marché du travail sans nécessité d’obtenir une autorisation de travail distincte, l’accès aux systèmes nationaux d’éducation pour les enfants ainsi qu’aux programmes de reconversion professionnelle pour les adultes, et le droit aux soins médicaux et à la protection sociale au même titre que les citoyens des États membres. Les articles 12 à 14 ont consacré ces garanties sur le plan normatif, tandis que l’article 9 a imposé aux États membres de fournir des documents dans une langue compréhensible pour les personnes bénéficiant de la protection. Cette obligation a conduit au développement de plateformes d’information en ukrainien, de centres de services et de portails spécialisés dans l’emploi.
L’un des principaux avantages du mécanisme de protection temporaire, par rapport au statut de réfugié, réside dans sa rapidité de mise en œuvre. En effet, la protection temporaire repose sur un caractère collectif. Dans le contexte de 2022, l’octroi du statut de réfugié, qui implique une évaluation individuelle de chaque demande ainsi qu’un volume plus important de documents justificatifs, aurait entraîné un risque d’effondrement organisationnel.
Cependant, la principale limite de ce mécanisme réside dans sa dimension temporelle. Conformément au chapitre II de la directive 2001/55/CE, la protection temporaire est initialement accordée pour une durée d’un an. Le Conseil de l’Union européenne a prolongé à quatre reprises l’application de ce statut pour les Ukrainiens. Ainsi, un instrument conçu comme une réponse à une situation de crise a, dans la pratique, acquis une dimension de long terme dépassant son objectif juridique initial.
En France, la protection temporaire pour les citoyens ukrainiens a été introduite conformément au cadre européen après l’activation de la directive, en garantissant le droit au séjour légal dans le pays, l’accès au marché du travail, à l’éducation et aux services sociaux. Actuellement, les Ukrainiens conservent la possibilité de résider en France sous le régime de la protection temporaire. Toutefois, en raison de sa dépendance aux décisions politiques de l’Union européenne concernant sa prolongation ou sa cessation, ce mécanisme crée une incertitude juridique quant à l’avenir. En mai 2026, moins de 50 000 Ukrainiens bénéficient de la protection temporaire en France, un chiffre nettement inférieur à celui observé dans des pays tels que l’Allemagne, la Pologne et l’Espagne. Cela reflète l’ampleur relativement limitée de la présence ukrainienne en France dans le cadre de ce mécanisme. Sur le plan social, la France dispose d’une infrastructure relativement développée de soutien à l’intégration, notamment en matière d’accès aux aides sociales. Toutefois, l’efficacité de l’accès à ces services peut varier selon les régions. Dans le domaine économique, les Ukrainiens s’intègrent progressivement au marché du travail, mais une part importante d’entre eux occupe des emplois qui ne correspondent pas à leurs qualifications, ce qui complique leur intégration économique à long terme. Sur le plan politique, la question des citoyens ukrainiens en France est traitée dans le cadre général de la politique migratoire, sans maintien d’une identité spécifique ni prise en compte systématique de leurs particularités, en raison du modèle français fondé sur l’universalisme républicain. Dans l’ensemble, la problématique reste actuelle en raison de l’absence d’un statut juridique clair à long terme ainsi que de recommandations précises concernant la transition vers des statuts de droit commun (tels que les titres de séjour). Cette situation entretient une incertitude quant aux trajectoires sociales et juridiques futures des Ukrainiens.
En Allemagne, la protection temporaire pour les citoyens ukrainiens a été mise en œuvre par l’intermédiaire du § 24 de la loi allemande sur le séjour des étrangers (Aufenthaltsgesetz), qui garantit le droit au séjour légal, l’accès au marché du travail, à l’éducation ainsi qu’aux prestations sociales. La protection temporaire a été prolongée jusqu’au 4 mars 2027. À la fin de l’année 2025, environ 1,2 million d’Ukrainiens bénéficiaient de la protection temporaire en Allemagne, soit 28,7 % du total européen, ce qui fait de l’Allemagne le principal pays d’accueil de l’Union européenne pour les bénéficiaires de ce régime. Sur le plan social, l’Allemagne garantit l’accès au logement, aux cours d’intégration et de langue ainsi qu’à une aide financière. Toutefois, comme dans le cas de la France, l’accès à ces services varie en fonction du Land concerné et des procédures administratives de répartition. Sur le plan économique, le taux d’emploi des Ukrainiens en Allemagne s’élevait à environ 51 % à la fin de l’année 2025. Sur le plan politique, la question des citoyens ukrainiens en Allemagne est de plus en plus intégrée aux débats politiques internes portant sur l’équilibre entre les efforts d’intégration et les dépenses liées au soutien social. L’avenir du mécanisme de protection temporaire après 2027 demeure une question ouverte, tant au niveau national qu’au niveau européen.
Étant donné que le mécanisme automatique de prolongation de la protection temporaire a atteint ses limites et que les représentants de la Commission européenne ont indiqué qu’il ne serait pas possible de maintenir ce statut sous sa forme actuelle, le cadre juridique allemand est appelé à évoluer.
La position officielle de Berlin consiste à ne pas créer de statut juridique exclusif pour les Ukrainiens après mars 2027. La stratégie allemande prévoit une réduction progressive du régime de protection temporaire et le passage des migrants vers le droit migratoire général de la République fédérale d’Allemagne : visas de travail pour les spécialistes qualifiés (§§ 18a et 18b AufenthG), carte bleue européenne (§ 18g), titres de séjour pour études (§ 16b) ou pour activité indépendante (§ 21).
Les entretiens réalisés montrent une certaine sérénité parmi les répondants. Par exemple, le répondant Anatolii (54 ans, personne déplacée de force originaire d’Odesa, résidant actuellement dans la ville de Schwäbisch Hall, Bade-Wurtemberg) déclare :
Concernant la situation après 2027, je n’ai pas d’inquiétudes particulières. À mon avis, le système allemand est très stable et bien conçu, donc je ne pense pas qu’il y aura des changements brusques ou critiques pour les Ukrainiens qui sont déjà bien intégrés dans la société.
L’aspect économique du séjour des Ukrainiens en Allemagne au cours des années 2025-2026 a fait l’objet de réformes visant à réduire la pression exercée sur le budget fédéral. Le changement principal a été la suppression du droit à bénéficier de l’allocation complète de chômage (Bürgergeld) pour les personnes arrivées dans le pays après le 1er avril 2025. Cette catégorie de migrants a été transférée vers le système prévu par la loi relative aux prestations pour les demandeurs d’asile (Asylbewerberleistungsgesetz — AsylbLG). Selon la version de la loi AsylbLG du 29 avril 2026, le champ des personnes éligibles, la structure des prestations ainsi que les conditions de limitation des droits ont été définis. Conformément au § 1, les prestations sont accessibles aux étrangers qui résident effectivement en Allemagne et disposent d’un titre de séjour en raison d’une guerre dans leur pays d’origine, ainsi qu’aux personnes bénéficiant d’un statut de séjour toléré (§ 60a). Les §§ 3 et 3a distinguent les prestations destinées aux besoins essentiels (alimentation, vêtements, logement) et celles correspondant aux besoins personnels quotidiens, en fixant le montant mensuel des dépenses personnelles pour un adulte célibataire vivant dans un logement à 162 euros (et 146 euros dans les centres d’hébergement). Ces prestations peuvent être fournies sous la forme d’une carte de paiement (Bezahlkarte). Cependant, les répondants indiquent que, dans de nombreuses régions, la mise en œuvre de ces cartes se fait de manière inégale. Les personnes qui résident déjà depuis longtemps en Allemagne continuent d’utiliser des comptes bancaires classiques et ne rencontrent pas de difficultés majeures dans leur vie quotidienne. Dans le domaine de la santé, réglementé par le § 4, la prise en charge financière concerne le traitement des maladies aiguës, des situations douloureuses, ainsi que les soins liés à la grossesse et à l’accouchement.
Dans le domaine de l’emploi, l’initiative gouvernementale « Job-Turbo » occupe une place centrale. Elle a été annoncée par le gouvernement dès l’automne 2023 afin d’accélérer l’accès des migrants au marché du travail. Toutefois, au cours des années 2025-2026, dans le contexte d’un changement d’orientation politique et de la signature de l’accord de coalition de Merz, le programme a acquis un caractère impératif, c’est-à-dire que la participation n’est plus volontaire. Cette évolution a été consolidée par l’introduction d’« accords d’intégration » obligatoires entre les migrants et les services de l’emploi concernant l’intégration et l’accès au marché du travail, sur la base du § 44a de l’AufenthG, ainsi que par le renforcement des mécanismes de sanction en cas de non-respect des conditions prévues par ces accords d’intégration, conformément au § 31a du deuxième livre du Code social allemand (SGB II). Cette réforme a mis fin à la pratique consistant à exiger l’achèvement obligatoire des cours de langue de niveau B1/B2 avant l’entrée sur le marché du travail. Selon la législation en vigueur, le refus de coopérer avec le Jobcenter ou le rejet injustifié des offres d’emploi proposées entraîne une réduction progressive des prestations sociales : en cas de premier rendez-vous manqué sans motif valable, les prestations sont réduites de 10 % ; en cas de récidive, la réduction atteint 20 %. Si une personne en âge de travailler démontre un refus systématique de participer à une démarche d’emploi ou de formation, la loi permet d’appliquer une sanction maximale correspondant à une réduction de 30 % de l’allocation de base pendant une période de trois mois.
Les cas des répondants montrent néanmoins que le système fonctionne de manière flexible. La répondante Oksana (46 ans, originaire d’Odesa) déclare :
En Ukraine, je travaillais dans le domaine de la beauté, et ici, en Allemagne, j’ai pu continuer à évoluer dans ce même secteur et même ouvrir mon propre salon. Pour moi, le système ici est clair et structuré, notamment en ce qui concerne l’enregistrement d’une entreprise et toutes les procédures officielles… Dans mon entourage, je n’ai pas entendu parler d’un contrôle renforcé ni de cas réels de réduction des aides, tout se déroule plutôt calmement.
Cet exemple confirme que, pour une partie motivée des personnes déplacées, la politique migratoire allemande ouvre des possibilités de régularisation par le biais du travail indépendant et de l’entrepreneuriat.
La situation actuelle en 2026 est également marquée par les tentatives de mise en œuvre d’instruments fondés sur le « double objectif ». Une manifestation concrète de cette approche a été l’ouverture, le 15 avril 2026 à Berlin, du premier Centre d’unité ukrainien. Ce centre a été créé afin de maintenir les liens avec le pays d’origine et de fournir des conseils concernant un éventuel retour en Ukraine. Parallèlement, il propose des services du Fonds de pension ukrainien, ainsi que des programmes éducatifs et culturels.
Depuis 2022, la France, comme les autres États membres de l’Union européenne, applique la directive européenne relative à la protection temporaire pour les Ukrainiens, qui leur garantit le droit au séjour légal ainsi que l’accès aux principaux domaines tels que le marché du travail et l’aide sociale. La forme administrative de mise en œuvre de ce régime est l’autorisation provisoire de séjour (APS), délivrée par les services migratoires des préfectures et prolongée conformément aux décisions prises au niveau de l’Union européenne. Depuis 2022, environ 118 800 personnes ont obtenu la protection temporaire en France, selon les données de l’administration française compétente en matière de migration.
Parallèlement, une tendance croissante au passage d’une partie des Ukrainiens de la protection temporaire vers d’autres régimes juridiques de séjour devient de plus en plus visible. Parmi les formes les plus répandues figurent :
La protection subsidiaire.
Selon les données d’Eurostat, à la fin de l’année 2025, la France comptait 25 780 citoyens ukrainiens ayant obtenu une protection internationale. Le passage vers la protection subsidiaire est souvent motivé par la volonté d’obtenir un statut plus stable et plus durable, en raison des limites inhérentes au régime de protection temporaire.
Le titre de séjour de droit commun (titre de séjour étudiant, titre de séjour temporaire pour les travailleurs, titre de séjour pour la vie privée et familiale, titre de séjour fondé sur le passeport talent).
Les visas étudiants et les visas de travail.
L’Ukraine occupe la deuxième place en nombre de demandes de statut de réfugié parmi les nationalités déposant des demandes de protection internationale en France. Source
l’emploi ;
aux programmes publics de reconversion professionnelle ;
au système de santé ;
aux établissements d’enseignement.
Cependant, l’accès à un logement stable et l’incertitude administrative à long terme restent des défis majeurs, car l’APS nécessite des renouvellements réguliers. Cette situation entraîne une augmentation des passages d’une partie des Ukrainiens vers les procédures de demande d’asile ou de protection subsidiaire. Cela s’explique par le fait que la protection temporaire est progressivement perçue comme insuffisamment stable dans une perspective de long terme. À ce stade, la politique migratoire française à l’égard des Ukrainiens s’accompagne d’une réduction progressive des aides au logement et des soutiens financiers, ainsi que d’une réorientation de la politique publique vers la « normalisation » du statut de séjour des Ukrainiens.
Par exemple, dans la ville de Reims, des cas de réduction des programmes d’hébergement temporaire et des aides au logement ont été observés. Cela illustre une dépendance croissante de la stabilité sociale au statut administratif des personnes concernées.
Les résultats des entretiens réalisés montrent également l’hétérogénéité des stratégies adoptées par les Ukrainiens en France. Ainsi, Kateryna Sirri, originaire de la région de Kharkiv et résidant actuellement à Reims, a indiqué lors d’un entretien qu’elle avait décidé de passer de la protection temporaire au statut de protection subsidiaire en raison de l’impossibilité de retourner dans sa région d’origine et de son souhait de s’intégrer davantage dans la société française. Selon elle, la France lui a offert la possibilité de suivre une reconversion professionnelle : après avoir travaillé comme esthéticienne en Ukraine, elle suit actuellement une formation de coiffeuse et prévoit à l’avenir d’ouvrir sa propre entreprise. Cet exemple démontre que, pour une partie des Ukrainiens, la question du statut juridique est progressivement liée non seulement à la protection, mais également à des stratégies de vie à long terme et à la réalisation professionnelle.
L’une des approches largement discutées concernant l’intégration des Ukrainiens est le concept de « dual intent integration » proposé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2023. Son idée principale consiste à combiner l’intégration des Ukrainiens dans les pays d’accueil avec le maintien des conditions favorables à leur retour en Ukraine. Contrairement aux modèles traditionnels d’intégration, cette approche prend en compte le caractère spécifique du déplacement des Ukrainiens. Cependant, il apparaît désormais évident que l’approche initiale proposée par l’OCDE nécessite une adaptation aux nouvelles réalités d’un déplacement prolongé. Après plusieurs années de présence dans les pays de l’Union européenne, les Ukrainiens sont de plus en plus intégrés dans les sociétés locales, tandis que l’incertitude concernant leur futur statut juridique s’accroît parallèlement en raison du caractère temporaire de leur protection. En France, les formes alternatives de protection, notamment la protection subsidiaire, ne correspondent pas pleinement à la spécificité de la situation ukrainienne, car elles peuvent limiter la mobilité et compliquer le maintien des liens avec le pays d’origine. En outre, une partie importante des Ukrainiens conserve des liens sociaux, économiques et familiaux actifs avec l’Ukraine. Il en résulte une situation dans laquelle les Ukrainiens se trouvent entre deux espaces : le pays d’accueil et le pays d’origine.
Dans ce contexte, cette recherche propose non pas un abandon progressif du mécanisme de protection temporaire, mais sa modernisation et sa stabilisation afin de l’adapter aux nouvelles réalités d’un déplacement prolongé des Ukrainiens. Au lieu d’une prolongation annuelle de la protection temporaire, la France et l’Allemagne pourraient envisager la mise en place d’un système de protection à plusieurs niveaux sur le long terme, permettant d’assurer la stabilité et l’intégration sans imposer un choix définitif entre deux espaces : le pays d’accueil et le pays d’origine.
Ce modèle pourrait être structuré autour de plusieurs niveaux interdépendants.
L’objectif serait d’accorder aux Ukrainiens un statut juridique de longue durée au lieu de décisions annuelles concernant la prolongation de la protection temporaire. Cela permettrait de réduire le niveau d’incertitude juridique, qui constitue actuellement l’un des principaux défis pour les Ukrainiens dans l’Union européenne.
Il est recommandé de dépasser les approches traditionnelles d’intégration fondées uniquement sur l’adaptation des migrants au marché du travail du pays d’accueil. Dans le cas des Ukrainiens, les compétences acquises devraient être considérées comme une ressource bénéficiant simultanément à deux espaces : le pays d’accueil et l’Ukraine.
L’objectif serait de créer des mécanismes permettant de maintenir les liens professionnels entre les spécialistes ukrainiens établis en France et en Allemagne et les institutions ukrainiennes. Cela contribuerait également à réduire le risque de déqualification professionnelle des Ukrainiens, ce qui est essentiel aussi bien pour les pays d’accueil que pour l’Ukraine en cas de retour des citoyens.
Dans le cas des Ukrainiens, une assimilation complète ne constitue pas nécessairement une politique optimale lorsque le retour demeure une perspective réelle. Ainsi, le soutien à l’éducation ukrainienne, aux initiatives culturelles et aux liens avec les communautés ukrainiennes locales ne devrait pas être considéré comme un obstacle à l’intégration, mais plutôt comme un outil permettant de maintenir une capacité durable de retour.
Des débats similaires apparaissent également en Irlande, où, après plusieurs années de mise en œuvre du régime de protection temporaire, la nécessité de passer d’une réponse de crise à court terme vers une gestion à long terme du séjour des Ukrainiens a commencé à être discutée. Selon l’analyse « Oireachtas Spotlight » de Halpin (2022), la mise en œuvre prolongée de la directive sur la protection temporaire sans définition claire des perspectives futures crée une incertitude supplémentaire, aussi bien pour les Ukrainiens eux-mêmes que pour l’ensemble des institutions publiques.
Ainsi, l’approche proposée implique une transition d’un mécanisme temporaire vers un statut stable de longue durée, visant à garantir une intégration durable des Ukrainiens tout en préservant la possibilité d’un futur retour dans le pays d’origine. Cette approche permet de prendre en compte à la fois les intérêts des pays d’accueil, qui souhaitent favoriser l’intégration socio-économique des Ukrainiens, et les besoins de l’Ukraine, pour laquelle la question du retour futur des citoyens demeure l’un des enjeux essentiels de la reconstruction d’après-guerre.
L’approche proposée dans cette recherche concernant la politique migratoire à l’égard des Ukrainiens en France et en Allemagne repose sur une transition d’une logique de séjour temporaire vers un modèle de mobilité bidirectionnelle stable, organisée et structurée entre le pays d’accueil et l’Ukraine. Dans cette logique, l’intégration et le retour ne sont pas considérés comme des trajectoires mutuellement exclusives, mais comme des processus complémentaires et se renforçant mutuellement. Ainsi, la politique publique devrait simultanément garantir la stabilité de vie des Ukrainiens en France et en Allemagne tout en préservant une possibilité réelle de retour en Ukraine, sans perte de capital social et professionnel. Conformément au commentaire fourni pour cette recherche par un représentant du gouvernement ukrainien, il est essentiel de mettre l’accent sur la création de programmes visant à maintenir les liens avec l’Ukraine et à préserver la circulation de la mobilité. En effet, la diaspora exerce une influence importante tant sur les politiques régionales que sur la politique nationale de l’Ukraine, notamment dans le contexte du processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.
Sur le plan juridique, cette approche devrait reposer sur un abandon du modèle de protection temporaire à court terme et soumis à un renouvellement annuel. À la place, il serait pertinent d’introduire un statut d’une durée pluriannuelle, garantissant la stabilité du séjour et ne pouvant être réexaminé qu’en cas de changements significatifs dans la situation sécuritaire en Ukraine. Il est également proposé d’établir un droit de séjour prolongé en Ukraine sans perte du statut juridique acquis dans le pays d’accueil, afin de permettre une circulation de mobilité entre l’Ukraine et les pays européens. Cette mesure favoriserait la mobilité circulaire et permettrait aux Ukrainiens de maintenir des liens personnels, professionnels et institutionnels avec leur pays d’origine.
| Domaine de politique publique | Recommandation | Résultat attendu |
|---|---|---|
| Niveau juridique | Passage d’un statut à durée indéterminée à un statut de protection pluriannuel : création d’un statut d’une durée de 3 à 5 ans, avec révision uniquement en cas de changement majeur de la situation sécuritaire en Ukraine. | Garantir une sécurité juridique durable et réduire la « logique de l’incertitude temporaire » parmi les Ukrainiens. |
| Droit à une « absence de perte de statut en cas de retour » : permettre aux bénéficiaires de séjourner en Ukraine jusqu’à 6–9 mois par an sans perdre leur droit de résidence en France ou en Allemagne. | Favoriser la mobilité circulaire et maintenir des liens permanents avec le pays d’origine. | |
| Mécanisme de « mobilité réversible » : reconnaître officiellement la possibilité pour les Ukrainiens de suspendre temporairement leur statut européen et de le réactiver sans devoir engager une nouvelle procédure administrative. | Réduire les obstacles au retour temporaire et faciliter la participation à la reconstruction de l’Ukraine. | |
| Marché du travail | Mécanismes professionnels bidirectionnels : création de bases de données communes de spécialistes (notamment dans les domaines de la santé, de l’ingénierie et de l’éducation) pouvant travailler dans l’UE tout en restant intégrés aux programmes ukrainiens de reconstruction. | Préserver les liens professionnels avec l’Ukraine, mobiliser les compétences pour la reconstruction d’après-guerre et constituer une réserve de talents pour le pays. |
| Incitations fiscales liées à l’emploi et au retour : mise en place d’avantages fiscaux ou sociaux pour les employeurs européens qui soutiennent la participation de leurs employés à des projets en Ukraine ou leur retour temporaire pour contribuer à la reconstruction. | Encourager les employeurs à soutenir une mobilité professionnelle circulaire. | |
| Périodes de travail rémunérées temporairement en Ukraine (1 à 3 mois) dans les secteurs de l’administration publique, des entreprises privées ou de la reconstruction. | Institutionnaliser le retour temporaire comme une étape possible dans une trajectoire professionnelle. | |
| Développement professionnel | Reconnaissance bilatérale des qualifications entre l’Ukraine, la France et l’Allemagne. | Valoriser l’expérience professionnelle acquise à l’étranger après un éventuel retour en Ukraine. |
| Système de transfert des micro-crédits : reconnaissance mutuelle et automatique des formations courtes, certificats professionnels et micro-qualifications. | Créer un espace commun de compétences professionnelles entre l’Ukraine et l’Union européenne. | |
| Certification de la mobilité professionnelle Ukraine–UE : programmes de certification préparant les spécialistes à travailler simultanément dans les environnements professionnel ukrainien et européen. | Renforcer la capacité des professionnels à se réintégrer après leur retour en Ukraine. | |
| Concours en ligne pour des postes dans l’administration publique ukrainienne destinés aux Ukrainiens résidant à l’étranger. | Préserver le potentiel humain et favoriser l’intégration précoce des Ukrainiens dans le secteur public ukrainien. | |
| Dimension sociale et culturelle | Politique de double appartenance culturelle : soutenir une appartenance biculturelle plutôt qu’un modèle d’assimilation complète. | Maintenir un lien durable entre les Ukrainiens vivant à l’étranger et leur pays d’origine. |
| Programme de soutien au retour temporaire : financement de programmes permettant aux Ukrainiens de revenir temporairement en Ukraine pour participer à des projets professionnels, éducatifs ou culturels. | Renforcer les interactions régulières avec l’Ukraine et développer le capital humain. | |
| Plateformes de coopération « Diaspora–Ukraine » réunissant communautés, universités, entreprises et institutions publiques. | Renforcer les liens professionnels, sociaux et institutionnels entre les Ukrainiens à l’étranger et l’Ukraine. | |
| Initiative « Histoires de retour » : soutien à la diffusion de récits de retours réussis et de participation à la reconstruction de l’Ukraine. | Construire une perception positive du retour et renforcer la motivation à la réintégration. |
L’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine a constitué un défi sans précédent pour les institutions de l’Union européenne et ses États membres, auxquels ils ont répondu par l’activation du mécanisme de protection temporaire. Après quatre années de fonctionnement, il apparaît de plus en plus clairement que ce mécanisme n’a pas été conçu pour répondre à une situation de déplacement prolongé de millions d’Ukrainiens. L’analyse menée dans cette recherche montre que, tant en France qu’en Allemagne, le caractère temporaire et incertain de ce statut crée une forte incertitude quant à l’avenir des Ukrainiens. Il devient donc essentiel de commencer à élaborer une nouvelle politique migratoire de long terme, prenant en compte à la fois les intérêts des pays d’accueil et les intérêts stratégiques de l’Ukraine en matière de préservation du capital humain et de création de conditions favorables au retour futur de ses citoyens.
Cette étude soutient que le concept d’intégration tout en maintenant des liens avec le pays d’origine devrait constituer le fondement de la prochaine étape de la politique européenne à l’égard des Ukrainiens. Contrairement à l’approche classique, notamment celle appliquée en France, qui tend à placer les personnes déplacées devant un choix entre une intégration complète et un retour en Ukraine, le modèle proposé considère ces deux processus comme complémentaires. Les recommandations formulées visent à instaurer un statut juridique stable et durable, à soutenir la mobilité circulaire, à favoriser la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles ainsi que la coopération professionnelle entre l’Union européenne et l’Ukraine, tout en préservant les liens sociaux et culturels à travers les communautés de la diaspora. La mise en œuvre d’une telle approche permettrait non seulement d’assurer une plus grande prévisibilité du statut juridique des Ukrainiens en France et en Allemagne, mais également de contribuer à la préservation de leur capital humain en vue de la reconstruction d’après-guerre de l’Ukraine. Par ailleurs, le modèle proposé pourrait servir de base et d’exemple pour l’élaboration d’une politique européenne plus flexible face aux futures situations de déplacements forcés massifs de populations et de réfugiés.
Vladyslava Vasylieva, аnalyste junior au centre analytique « Resurgam », direction Europe. Spécialisation : France.
Babych Oleksandra, étudiante à la KNU – Université nationale Taras-Chevtchenko de Kyiv, Faculté de philosophie, en science politique